Elle s'appelait Andréanne...

Elle s'est envolée le 7 août 1995 par un beau soir d'été. 

 Elle n'avait que 18 ans.

Bonjour mon Ange,



Je ne suis pas triste malgré la température 
qui laisse à désirer mais j'ai le goût de te dire 
et de te partager ce que tu m'as laissée 
en repartant vers le PAYS DE NULLE PART! 

Si des personnes lisent cette lettre 
je voudrais leur donner le goût de s'élever au-dessus 
du dépotoir auquel la Vie peut parfois ressembler...



Tu te rappelles , ma douce, je suis Jovette, 
ta maman de la Terre? 
Et toi, tu étais mon Andréanne. 
Je dis bien ÉTAIS , car tu t'es envolée, par choix, 
le 7 août 1995. 
Tu as passé autour de ton cou ton collier d'or 
et tu t'es jetée dans le vide 
en entraînant avec toi ce mal à l'âme 
que tu ressentais au fond de ton coeur. 

Tu as ainsi mis un terme à tout jamais
aux séquelles des abus physiques 
qu'un proche de la famille te faisait subir. 

Andréanne, tu étais si jolie, si pleine de projets, 
mais tu en avais marre de souffrir. 

Pourtant, nous t'aimions tant,
mais la peur de nous faire de la peine scellait tes lèvres.



L'été dernier, je t'ai fait un petit coin de jardin. 
Dedans, il y avait tes fleurs préférées 
et des objets que tu aimais : 
un chat, un ange et la sculpture d'une déesse égyptienne 
que tu affectionnais. 

Je me suis rendue à la rivière 
et j'y ai pris des pierres pour entourer ton petit jardin,
pour toi qui se trouvais si bien dans la nature. 
Et pour moi aussi...



Pour les nombreuses personnes 
qui ont eu la chance de te connaître, 
Andréanne, TU ÉTAIS... mais pour moi, 
tu ES et SERAS toujours dans mon coeur.



Andréanne, tu t'es tenue longtemps au carré d'Youville de Québec. 
Tu as même fait du bénévolat à la Maison Dauphine. 
Tu me disais souvent: 
"MAMAN, JE SUIS UNE MARGINALE! 
J'ai donc cherché dans le dictionnaire 
c'était quoi, être marginale. 
Cela veut dire se situer en marge de la société, 
ne pas être bien intégré au groupe social, 
ni soumis à ses normes. 

J'ai donc découvert que, moi aussi, 
je suis une marginale, comme toi ma fille. 
Je refuse de me laisser acheter 
par la société de consommation. 
Je suis contre la violence et la répression. 
Je suis contre les préjugés. 
Et je crois en l'ÊTRE SUPRÊME. 
La personne qui se tient devant moi 
est plus importante que tout. 
Et surtout, j'aime les jeunes, 
quelle que soit leur apparence. 
Le sang qui coule dans nos veines 
est le même pour tous, 
premier ministre ou itinérant, 
cheveux courts ou cheveux verts et rouges.



Pour moi, ton départ a été atroce. 
D'autant plus que nous étions très proches 
l'une de l'autre et que notre relation était privilégiée. 
Tu m'as tant appris durant ton court séjour 
de 18 ans sur terre et, 
c'est avec tout mon amour 
et mon amitié que je te confie 
tous les cadeaux que tu m'as donnés avant de partir 
vers ce pays si mystérieux pour moi.



Essayer d'avoir une nouvelle compréhension des choses, 
chercher à comprendre avant de juger. 
Aller plus loin que les apparences, 
sous les masques, et se démasquer soi-même. 
Communier à la souffrance des autres
ainsi qu'à leur joie. 
Voir la beauté dans l'infiniment grand, 
comme dans l'infiniment petit. 
Accepter que l'être humain , 
à mes côtés, vive dans sa propre évolution. 
Accepter de voir la supposée mort 
comme une vie plus fertile.



Vivre Ici et Maintenant. 
Apprendre le détachement, 
ne rien considérer comme acquis. 
Voir la fragilité des gens et des choses. 
Accepter l'être humain que je suis, 
avec mes défauts et mes qualités, 
car je suis en constante évolution. 
Voir des diamants dans les yeux d'un enfant 
et des trésors dans ses sourires confiants. 
Écouter et regarder les gens avec le coeur. 
Savourer les sons de la nature 
ou d'une belle musique avec délectation... 
Vivre le moment présent dans toute sa plénitude. 
Voir le divin en chacun de nous. 
Me servir de tous mes sens. 
Savourer pour deux, Toi et Moi. 
Accepter que la souffrance des autres 
puisse être violence, par dépit, 
par peine, par révolte. 
Traverser ma peine pour te rejoindre dans ta paix. 
Avancer petits pas à petits pas. 
Accepter de continuer à vivre sans toi, 
chair de ma chair. 
Accepter l'absence d'un ou plusieurs petits-enfants 
qui auraient prolongé la chaîne de notre amour, 
moi, enfant abandonnée à la naissance 
par une maman qui ne pouvait me garder auprès d'elle...



Ne plus pouvoir entendre ton petit 
"ALLÔ MUM!" au téléphone ou en arrivant à la maison. 
M'accepter dans ma fragilité et dans mes larmes. 
Me laisser dorloter par ceux qui m'aiment, 
les doux compagnons de ma désespérance. 
M'ancrer dans le coeur que l'essentiel 
est invisible pour les yeux. 
Continuer ma route malgré le déchirement 
dans lequel ton choix m'a laissée. 
Ne pas laisser la culpabilité me dévorer 
quand je pense ne pas t'avoir assez protégée
contre cet homme que je croyais un ami : 
une maman n'a pas d'antennes magiques. 
Accepter de ne pas t'avoir dit plus souvent 
que je t'aimais à la folie. 
Aider les autres grâce au courage 
et à l'empathie que tu m'as légués. 

Oublier ton PCP, tes overdoses, 
tes appels à l'aide qui m'obsèdent encore, 
toi si douce et si secrète. 
Accepter de t'avoir portée pendant 9 mois, 
de t'avoir nourrie, de t'avoir bercée et cajolée, 
pour ne plus jamais revoir ton corps. 
Accepter de continuer à faire des plans de vie, 
quand il m'arrive d'avoir encore si fort 
le désir d'aller te rejoindre...



Laisser le soleil me réénergiser même si, 
parfois, j'ai le goût de fermer les stores 
et de me cacher la tête sous l'oreiller 
pour pleurer des larmes de sang. 
Accepter de voir et d'aimer des filles de ton âge 
sans crever de jalousie. 
Accepter de n'être qu'une parcelle du Grand Créateur 
et malgré tout, d'être grande dans ma petitesse. 

Suivre ton dernier conseil écrit à 
l'endos de mon paquet de cigarettes : 
"Maman, gardes le sourire et prends soin de toi... 
moi, tout ce que je veux, 
c'est évoluer à ma manière. 
Je t'aime!



Supporter le fait que tes compagnes 
et compagnons souffrent, aient faim, 
gèlent leurs émotions, 
soient "de trop dans le paysage", 
pour les soi-disant bien pensants. 
Accepter que nos gouvernants lèvent le nez sur les jeunes, 
et que leur soif de pouvoir soit plus importante 
que vos vies et vos avenirs. 
Supporter le nombrilisme de certains d'entre eux 
et leurs discours sur le "séparatisme" 
quand il y a déjà tant de déchirements au Québec, 
pays du suicide.



Comprendre malgré tout cela 
que la vie est précieuse 
et fragile en même temps. 
Me rentrer dans la caboche 
cette citation de Khalil Gibran : 
"Nul ne peut passer l'aube sans passer 
par le chemin de la nuit".



Voilà, ma belle Amour, 
tous les cadeaux que tu m'as légués 
depuis ton envolée. 
Mais j'aurais préféré 
qu'on s'en parle en prenant une bière ensemble 
ou un petit café...



Le dernier message que je veux te transmettre, 
c'est que la Vie n'est facile pour personne. 
Ne dit-on pas que c'est l'école de la vie 
qui dispense l'enseignement le plus riche? 

Une phrase me revient souvent à l'esprit : 
"C'est dans la nuit qu'il est bon de croire à la lumière"! Est-ce toi qui me chuchote cette douce pensée à l'oreille?



Je termine en te turlutant ce petit bout de chanson 
d'Yves Duteil, que j'ai glané cette semaine :



L'ENFANT POÈTE


Chacun de nous dans son domaine

Participe selon son coeur

A la grande aventure humaine

Par sa quête du bonheur

C'est l'idéal de notre enfance

qui nous porte à rêver plus haut

A cultiver nos différences...



Encore une fois, 
je te redis JE T'AIME, ma fille du Ciel...





Ta maman, Jovette



Sa mère Jovette

 

 Merci d'être là ! Je vous aime !  Pierrette Coeur d'Amour

 

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